L'heure de mon bilan
J'avais décidé de me laisser jusqu'au milieu du mois de janvier pour prendre une décision par rapport à ma situation professionnelle et mon organisation personnelle. Ayant repris le travail fin septembre, cela me permettait de faire un test pendant 4 mois et de voir si la situation pouvait être confortable ainsi. Car finalement, il n'y a que le temps et les jours qui passent qui peuvent nous assurer de la stabilité d'une organisation.
J'ai construit de nombreux scénarios allant du travail à mi-temps (uniquement les matinées) à un 80% avec des mercredis off. J'ai envisagé de ne travailler que 3 jours complets par semaine ou 2 jours complets et 2 matinées, j'ai imaginé de séparer ma journée off en deux après-midi, j'ai même réfléchi à abandonner mes mercredis non travaillés pour en contrepartie prendre toutes mes vacances scolaires...
Et plus les jours avançaient, et plus j'avais une certitude. La certitude d'avoir identifié ce qui est essentiel. Pour moi, l'essentiel réside dans la disponibilité pour mes enfants. Être disponible pour eux quand nous sommes ensemble à la maison, cela veut dire faire en sorte que mon travail soit transparent pour eux et que tout ce qui ne les concerne pas soit accompli pendant qu'ils sont à l'école. Des soirées où je rentre à 18h30 ou plus tard encore, les devoirs non faits et le frigo vide, je n'en veux vraiment pas. Car l'essentiel pour moi, c'est aussi de les accompagner au quotidien dans leurs devoirs. Même si Victoria est une très bonne élève sérieuse, elle a besoin de travailler pour y arriver. A son âge, cela ne peut se faire que sous la direction d'un adulte et ça tombe bien, car moi j'ai besoin de l'accompagner. Quant à Pierre, ses facilités, son manque d'intérêt pour l'effort et son arrogance lui coûtent parfois cher en classe. Si Victoria est souvent demandeuse d'aide pour se rassurer, Pierre serait ravi de ne pas m'avoir sur son dos. Pourtant je suis convaincue qu'il faut justement le garder à l'oeil. Et pour les plus petits, je n'arrive juste pas à accepter qu'ils soient éduqués uniquement par l'école ou la crèche et que notre interaction se limite à une douche, un repas, un câlin et au lit.
Au fil des jours, j'ai essayé d'établir un lien de confiance avec mon manager que je ne connaissais pas. J'ai la chance d'avoir une chef humaine. Je crois que j'ai aussi su lui montrer la facette que je voulais : je ne suis pas juste une maman de famille nombreuse qui essuie des nez qui coulent et qui ne parle que des exploits de ses enfants, vivant à travers leurs réussites et leurs échecs. D'ailleurs, je ne parle jamais de mes enfants au travail et très peu de personnes connaissent même leur prénom. Je suis plutôt la directrice générale d'une TPE de 6 personnes. Et à ce titre, je gère le budget de ma toute petite entreprise, je m'assure de la bonne gestion des stocks et de l'approvisionnement, j'organise les plannings journaliers, hebhomadaire, semestriels, annuels, je m'assure du suivi médical de ma TPE, je prends aussi en charge l'événementiel... bref, la liste est longue. Autant que dans une véritable entreprise, sauf que la mienne a pour vocation le bien-être et la réussite personnelle de chaque membre.
Et je crois que ma stratégie a payé. J'ai petit à petit senti que ma chef abandonnait ses réticences. Réticences sur mes horaires, mes absences, mes imprévus, mon télétravail... Si bien que lors du bilan de fin d'année, après 3 mois de collaboration avec elle, l'évaluation joue en ma faveur : "volontaire, curieuse d'apprendre pour prendre des nouveaux sujets, grande transparence dans les échanges avec toujours beaucoup de forme, sa façon d'aborder les choses donne confiance et inspire une grande fiabilité, en plus d'une maîtrise complète du métier et des processus qui permet d'appréhender de façon efficace les enjeux et les évolutions"
Aujourd'hui, ma responsable a accepté toutes mes conditions très atypiques pour un travail en bureau : j'ai de nouveau imposé un travail en horaires décalés. Je suis à mon bureau dès 7h et à 16h (parfois même un peu avant !) je saute dans ma voiture pour rentrer. J'arrive donc tous les jours à 16h30 à la sortie de l'école pour attraper Paul et Louis, les grands rentrant à pied pour leur plaisir et le mien. Je ne travaille pas le mercredi. Je suis en télétravail le lundi. Je ne me rends donc à mon bureau que 3 jours dans la semaine. Pour des raisons diverses, j'ai eu besoin régulièrement de travailler de la maison par demi journée, sans même qu'elle y fasse attention. Par ailleurs, elle a également accepté que je puisse prendre deux mois de vacances cet été, et j'ai pu avoir toutes les vacances de la Toussaint, de Noël et une grande partie des vacances d'avril à venir. Si on ajoute le fait que j'ai récupré un périmètre de recrutement plutôt confortable et des nouveaux sujets que je ne connaissais pas, je crois que je ne pouvais pas espérer mieux que tout cela... Alors c'est décidé : je ne change rien et je continue comme ça... jusqu'au premier semestre 2018. Et on verra à ce moment-là vers quel métier, quel poste, quel chef je m'oriente, avec un impact certain sur tout ce petit confort.
Bien sûr, cela demande un mobilisation complète en journée et en plus de ma journée de travail, je fais un drive le midi une semaine sur deux, les courses le midi un jour de la semaine, le marché au Plessis un autre midi de la semaine... Tout marche en flux tendus en journée, mais c'est indispensable pour être serein à partir de 16h30.
Et pour être honnête jusqu'au bout, je me garde tous les jours 20 minutes pour aller dormir au Calm Space avant 14h. Et il ne me faut que quelques instants pour m'endormir réellement. Cette "sieste qui réveille" est juste devenue incontournable pour moi !
Et les grands me disent "maman, tu as trop de chance ! Nous à l'école on n'a pas le droit de faire la sieste ! Mais ton patron, il te paie quand tu fais la sieste ?!? " Ahahah... ne soyez pas trop pressés de grandir...
































