Un peu comme la Comtesse de Ségur, je pourrais facilement écrire un petit roman qui s'intitulerait Les malheurs de Pierre et qui ferait sourire ceux qui le liraient. Sauf que moi, ce petit livre des malheurs de Pierre ne m'amuse pas du tout et je dirais même que sur ce mois d'avril, Pierre s'est évertué à remplir goutte après goutte la coupe de mon impatience, jusqu'à ce qu'elle déborde. Mais de quoi l'a-t-il donc remplie ? Voici un petit aperçu de quelques chapitres des malheurs de Pierre...
Chapitre I : la correspondance
Chapitre II : les ciseaux
Chapitre III : le t-shirt
Chapitre IV : la bosse
Chapitre V : le judo
Chapitre VI : l'artiste
Chapitre VII : l'échange
Conclusion : le nouveau cahier
Chapitre I : la correspondance
En l'espace d'un mois et demi, nous avons fait une collection impressionnante de mots dans le cahier de liaison : bavardage, petits jeux avec son matériel, remarques désobligeantes, matériel abimé... Une correspondance avec la maîtresse, suivie de nombreux échanges à la sortie de l'école dont je me serais bien passée. Petits extraits de cette correspondance :
17/03 : Madame, Monsieur
Pierre est bien bavard et distrait ces temps derniers. J'ai dû lui prendre sa trousse car il ne cessait de jouer avec son matériel en m'obligeant à le lui faire remarquer, ce qui par conséquent perturbe la classe... Merci de bien vouloir discuter avec lui de son comportement.
Donc notre enfant est un agité...
7/04 : Madame, Monsieur,
Pierre a eu plusieurs remarques déplacées à propos de l'aspect physique de certaines mamans et une réaction décevante à l'annonce de la visite de mardi prochain. Ce comportement est inapproprié avec le respect et la tolérance qui sont dûs à la vie en collectivité. Merci de bien vouloir en discuter avec lui.
Donc notre enfant est mal élevé... aïe !
11/04 : J'ai prêté un crayon à papier à Pierre ce matin mais il l'a cassé en 3 dans la matinée... Pierre a un rapport ambigu avec son matériel.
Là, on est bon pour le rendez-vous chez le psy...
Chapitre II : les ciseaux
C'est après le goûter, pendant les devoirs, qu'en me penchant sur Pierre, je remarque la chose : dans le pli du coude du t-shirt, quelques mèches fines de 3 ou 4 centimètres, chatain clair. Je lève les yeux vers la tignasse qui aurait bien besoin d'un petit passage chez le coiffeur et là, je constate qu'il a tenté de régler la question par lui-même. Donc, au lieu d'écouter la maîtresse en classe, Pierre se coupe les cheveux ! Finalement, elle a raison de lui confisquer sa trousse...
Chapitre III : le t-shirt
Ce qui s'est passé ce jour-là est un mystère. Est-il possible qu'un t-shirt revienne dans cet état-là d'une journée à l'école ? Manifestement, Pierre a trouvé de nouveaux ciseaux... et de la boue ! Pourquoi faut-il toujours que ce soient des vêtements que j'aime et que j'aurais voulu garder pour Paul et Louis qu'il abime ?

Chapitre IV : la bosse
"Ne courez pas dans le couloir !" Combien de fois par jour est-ce que je répète cette phrase ? Mais bizarrement, personne n'en tient compte.... et le pire, c'est que même après ça, même avec un angle de mur aussi profondément imprimé dans le front, tout le monde continue à courir dans le couloir !

Chapitre V : le judo
C'est certainement là la plus osée des bêtises de Pierre. Samedi après-midi, 14h50, Pierre se retrouve privé de judo car il n'a pas rangé sa chambre. Pendant que Papa emmène Victoria au judo, je fais la sourde oreille à la colère bouillonnante de Pierre, qui réveille Paul de sa sieste...puis Louis. Alors que je câline les petits, je l'envoie se calmer dans sa chambre, assez furieuse après lui. Il finit par se taire enfin et nous profitons de notre câlin. Il me faut presque 15 minutes pour me rendre compte que s'il s'est enfin tu, ce n'est pas parce qu'il s'est calmé, mais tout simplement parce qu'il n'est plus là ! Pas de sac de judo, pas de baskets, pas de Pierre. Ce petit animal est parti au judo, tout seul, dans un état émotionnel très instable avec deux grandes avenues à traverser. 700 mètres de dangers à parcourir !
J'appelle rapidement Jean-François, parti de son côté entre-temps, pour qu'il revienne intercepter le fugitif. Pendant ce temps, Pierre arrive en retard au cours de judo, se change, entre dans la séance et rejoint en silence sa soeur qui ne peut pas un instant deviner ce qui s'est passé... pour finalement se rendre compte qu'il a peut-être enfreint quelques règles. C'est alors qu'il décide de rentrer à la maison. Il demande au professeur la permission d'aller aux toilettes et au lieu de cela, part se rhabiller dans les vestiaires, prêt à rentrer à la maison espérant que personne n'aura remarqué son absence. Mais c'était sans compter sur la présence de parents dans le vestiaire qui l'ont vu sortir, se préparer à partir et qui l'ont intercepté. C'est à ce moment-là que Jean-François arrive...
Chambre non rangée, colère scandaleuse, fugue, désobéissance, mise en danger, mensonge à son professeur... l'addition est salée !
Chapitre VI : l'artiste
Explication donnée : je m'ennuyais en classe. Pierre ! L'âge de raison doit arriver à la fin de l'année, s'il-te-plait, accepte le !

Chapitre VII : l'échange
Pierre est un fin négociateur, si l'on en croit le paquet gigantesque de cartes Pokemon qu'il possède alors que nous n'en avons jamais achetées. Il revient tous les jours avec de nouvelles cartes. Il est même revenu avec une boîte métallique pour ranger les cartes, qu'il aurait échangée contre une dizaine de cartes. Je ne me mêle pas de ses trocs. Après tout, tant que tout le monde est d'accord et que ça ne fait pas d'histoire, ça me va. Et il semblerait que tout se passe bien.
Mais un soir, le business a pris un nouveau tournant : Pierre sort de l'école avec une pièce d'un euro qu'il est très fier de me montrer. Oui, il a échangé une carte Pokemon contre un euro. Quoi ? Mais Pierre, ce n'est pas possible, tu ne peux pas prendre un euro à un copain contre une carte ! Et puis d'abord, comment se fait-il qu'un petit garçon de CP dans sa classe vienne à l'école avec de l'argent ? J'explique à Pierre qu'il faut rendre cette pièce à son prorpiétaire mais je vois bien qu'il ne comprend pas ce qu'il a fait de mal. Pour lui, c'est juste un échange "qui se valait" puisque le copain est d'accord.
J'informe l'école. Et c'est comme ça que le lendemain matin, Pierre et son copain se sont retrouvés dans le bureau du Directeur pour annuler l'échange et se faire sermonner un peu, surtout le copain. Certes, Pierre n'était pas vraiment en cause et de bonne foi, mais il n'empêche qu'il était encore dans un mauvais coup...
Conclusion : le nouveau cahier
Selon la maîtresse, l'attention de Pierre en classe pâtit de toutes ces aventures et expériences mais cela ne lui porte pas vraiment préjudice car même sans avoir écouté la consigne ou en commençant après les autres, il finit correctement son travail mais en accordant encore moins d'importance au soin, à l'écriture et à la proreté, puisqu'il a moins de temps. Si cela ne gêne pas ses apprentissages, cela gêne ceux de la classe car elle doit régulièrement s'interrompre pour faire des remarques à Pierre.
Le livret du deuxième trimestre est bon mais quelques éléments illustrent bien la situation : "Appliquer les règles élémentaires du règlement de la classe, de l'école" = B. Néanmoins, la maîtresse reste élogieuse.

Pierre a réalisé un très bon 2ème trimestre ! Les apprentissages sont acquis, mais une attitude plus posée permettrait d'éviter les erreurs d'étourderie et un travail plus soigné. Alexandra Pauthier Lunel - 4 avril 2016
De mon côté, je suis passée par un peu toutes les phases : j'ai joué la maman-copine, la maman-affectée, la maman-en-colère-qui-crie, la maman-indifférente-tu-ne-m'intéresses-pas, la maman-paires-de-claques, la maman-qui-prive, la maman-qui-téléphone-au-papa... rien ne semble marcher durablement. Et finalement, j'ai eu le déclic en découvrant un "C moins" dans le livret scolaire : "Copier un court texte en respectant l'ortographe, la ponctuation, les majuscules". La voilà la bonne idée ! Pierre n'aime pas écrire, Pierre est nul en copie, Pierre écrit mal ! Eh bien, il fera désormais de la copie ! Au moins, pendant ce temps, il ne fait pas d'autre bêtise, il améliore peut-être son écriture et moi, je ne m'énerve pas. La règle est clairement donnée et s'il y a un manquement à l'école ou à la maison, je sors le cahier...

