Je ne suis pas une grande cuisinière. A la maison, les repas sont rarement sophistiqués et c'est plutôt "cantine". Simple, bon et classique : endives au jambon, blanquette de veau, fenouil braisé, jardinière de légumes, lotte à l'armoricaine, joues de porc, veau maringo, quiches et tartes ... reviennent régulièrement. Alors, j'ai toujours été convaincue que mes enfants mangeaient, à la maison, varié, équilibré et sain.
En effet, je ne cuisine qu'à partir de produits frais. Les conserves sont rares. Les plats "tout prêt" quasi inexistants. On ne boit que de l'eau à table. Les enfants n'ont jamais mangé chez mc do et ne savent même pas ce qu'on y sert. Il y a un fruit à la fin de chaque repas, et ce n'est pas juste banane ou pomme : c'est un fruit de saison donc en ce moment au dessert, c'est grenade, kaki, kiwi... Je fais moi-même la compote, les yaourts, les gâteaux du goûter... On ne mange pas entre les repas. Depuis qu'ils sont petits, on peut compter sur les doigts de la main le nombre de fois où ils ont mangé un petit pot industriel. Je m'assure que chaque repas apporte des féculents, des protéines, des vitamines, des glucides, des laitages depuis le petit-déjeuner jusqu'au soir. On ne mange des pâtes ou du riz qu'une fois par semaine, tout au plus. La soupe de légumes est la reine de leurs dîners 5 soirs par semaine. Les légumes sont toujours de saison et en ce moment sont à l'honneur potiron, potimarron, topinambour, panais, chou, radis noir...
Oui j'estimais ne pas être trop attaquable sur le volet alimentaire et bien nourrir mes chers petits.
Mais parfois, il faut savoir reconnaître qu'on a dû se tromper quelque part et se remettre en question. Et c'est difficile !
Tout a commencé par un petit Louis qui a de la fièvre. Au premier jour, je consulte car Pierre m'a bien éduquée, je crains toujours l'otite. Verdict : otite et son antibiotique. Le lendemain, la fièvre est toujours là. 39 au minimum. Elle passera demain. Le surlendemain, toujours là. Le doliprane semble complètement inefficace, mais je le gave quand même. Ce n'est pas normal, je le sais. Je me dis que j'attends le lendemain : il n'y aura peut-être plus rien au réveil. La fièvre est toujours là. Louis ne la supporte pas bien. Il frissonne et tremble tout le temps. Je commence vraiment à m'inquiéter mais impossible de trouver un rendez-vous chez le docteur. Les 39 degrés, eux, sont bien au rendez-vous. Le lendemain, férié ! Mais la fièvre ne tient pas compte des jours fériés. Le jour suivant, 7ème jour, même tableau. Le docteur nous reçoit enfin. Sans trop comprendre comment, nous passons du cabinet du pédiatre aux couloirs des urgences : radio du thorax, analyse d'urine, prise de sang... Ironie de la situation, le soir la fièvre n'est plus là. Rien sur la radio des poumons, rien dans les urines, pas de microbe dans le sang. On conclura à un virus.
L'histoire aurait pu s'arrêter là, si la pédiatre ne m'avait pas appelée le soir même. "Madame Coulon, j'ai une partie des résultats des analyses sanguines de Louis, j'aimerais bien que vous alliez voir un de mes confrères hématologue à la clinique."
Là, je dois reconnaître que j'ai bien senti que quelque chose ne sonnait pas juste. Non seulement elle avait prononcé un très, très gros mot (hématologue ! mais qui emploie un tel mot dans son vocabulaire ?) mais en plus, depuis quand la pédiatre téléphonait-elle le soir à ses patients pour dire qu'elle avait reçu des résultats d'analyse ? Et la suite n'était pas faite pour me rassurer : " Vous pouvez voir avec son secrétariat, elle vous prendra demain. J'ai déjà faxé le dossier de Louis. Appelez-la, elle attend votre coup de fil"
C'est comme ça que nous nous sommes retrouvés dans le cabinet de l'hématologue, Louis et moi. Le docteur m'explique alors très tranquillement que Louis a une anémie très sévère, due à une carence martiale. Sa réserve de fer dans l'organisme est quasiment nulle, son hémoglobine est inférieure aux normes dans des proportions affolantes et ses quelques globules rouges existants sont de bien trop petite taille. En conclusion, il présente les caractéristiques indiquées pour recevoir une transfusion sanguine dans les plus brefs délais !
Sauf que Loulou le cache bien tout ça : pas du tout pâlot, bien tonique, agité comme un diable, vocalisant à ne plus s'entendre, un coeur qui bat sans anomalie... Cliniquement, il n'a pas du tout le profil pour recevoir la transfusion sanguine dont il était question. Le médecin hésite, puis met de côté son histoire de transfusion. Soupir de soulagement pour moi !
Nous repartirons avec bien entendu un traitement en fer et une liste de recommandations et d'aménagements pour les repas de Louis afin qu'il absorbe le maximum de fer possible. Moi qui n'ai jamais accordé un seul coup d'oeil au rayon "alimentation bébé", moi qui ai toujours considéré que ces produits étaient du marketing, voire pire, des produits industriels bourrés de cochonneries, je me retrouve à décortiquer les étiquettes de céréales, farines, yaourts et gâteaux pour bébé, traquant le moindre milligramme de fer. Sur notre nouvelle liste de courses, il y a du foie de porc, de veau, de lapin, de poulet, des lentilles, du quinoa, des céréales de son, du lait de croissance pour faire soi-même des yaourts enrichis en fer, de la viande de cheval...
Alors oui, tout cela c'est une petite révolution dans la cuisine. Moi qui n'avais jamais préparé de bouillie de céréales pour bébé, j'en fait maintenant tous les jours. Et le pire, c'est que Louis n'aime ni la bouillie, ni les gâteaux spéciaux, ni les yaourts bébé du supermarché ! Heureusement, la soupe épinards/lentilles lui plait beaucoup, comme aux trois grands d'ailleurs (car du coup, j'ai mis tout le monde au même régime de fer. Sait-on jamais ! Ma supposée cuisine équilibrée et saine a pu provoquer aussi des carences chez les plus grands...)
Le mois prochain, puis dans trois mois, puis dans six mois, nouvelle prise de sang pour voir l'évolution du taux et j'espère exclure définitivement une maladie du sang. En attendant, on essaie de ne penser qu'au fer et de ne pas s'inquiéter...



Et quand on le voit malicieusement, mais méthodiquement jouer dans la cuisine, on ne peut pas imaginer un instant que ses globules rouges sont en voie de disparition...
Louis, peux-tu arrêter de jouer avec les pommes de la compote, S'IL TE PLAIT ? (compote dans laquelle je t'écraserai un petit gâteau enrichi en fer, sans que tu t'en rendes compte, puisque tu refuses de le manger comme ça !)