Mercredi, 17h30.
J'ouvre le frigo pour prendre des oeufs pour préparer la quiche du dîner. La boîte est bien là... mais elle est vide. Zut !
Dire que je ne me sens pas très courageuse est un euphémisme. Ressortir les chaussures du placard, les manteaux, les bonnets, les tours de cou déjà rangés, traîner tout le monde jusqu'au rayon des oeufs puis ranger les chaussures dans le placard, les manteaux, les bonnets, les tours de cou de nouveau... Alors par fainéantise et sans vraiment réaliser ce que je lui demandais, j'ai interrogé Victoria pour savoir si elle pensait être capable d'aller seule au magasin acheter des oeufs. Je regrettais immédiatement ma question, mais déjà, elle était folle de joie. Les larmes de crocodile ont fait place à la joie. Elle voulait vraiment y aller. Un rapide coup de téléphone à Jean-François qui donne son accord et me voilà en train de dessiner un plan pour qu'elle ne prenne pas le chemin le plus dangereux bien qu'il soit le plus court.
"Tu sors de la maison, tu regardes bien en traversant la route et tu traverses ensuite le square Bazin. Après tu remontes vers le feu et tu attends qu'il soit vert pour traverser (mais tu vérifies quand même qu'il n'y a pas de voiture !). Tu traverses une deuxième fois de l'autre côté de l'avenue et tu entres dans le centre commercial comme si on achetait du pain chez Paul. Tu montes l'escalator, tu passes devant Zara, Apple, Swarovski, Cyrillus et tu prends les escaliers qui descendent. Tu me suis là ? Ensuite tu passes devant la pharmacie et tu arrives chez Monoprix. C'est clair ? Et tu fais attention, tu ne parles à personne, si on te demande, tu dis que maman est juste à côté et que tu vas la retrouver, tu es polie avec la caissière, tu n'oublies pas la monnaie et tu ne casses pas les oeufs !"
Et la voilà partie, toute excitée de sa mission, avec 5 euros dans sa poche, son plan au cas où et son petit sac pour mettre les oeufs.

Moi, je la regarde partir par la fenêtre et je surveille ma montre toutes les deux minutes. Au bout de 15 minutes, l'attente se transforme en peur, puis en angoisse, je n'y tiens plus. Comment ai-je pu la laisser partir toute seule ? J'ai du perdre la tête ! En plus, la nuit arrive si vite, les routes à traverser, les voitures, et tous ces gens au centre commercial qui ne manqueront pas de remarquer une petite fille de 8 ans (1/2, ça compte ?) toute seule ...
"Vite, les garçons, on s'habille, on va à la rencontre de Victoria ! " Au pas de course, j'habille les trois garçons et je les traîne vite dehors, à la limite de la panique. Pour gagner du temps, moi je court-circuite son trajet au début, en prenant le chemin le plus rapide et je m'oriente ensuite sur le plan que je lui ai laissé. Pas de doute, on va bientôt la croiser. Mais on ne la croise pas... Elle doit être en caisse alors. Je me poste à un endroit où je la verrai forcément passer. Je ne veux pas non plus lui gâcher son plaisir et la cueillir au rayon des oeufs. Mais elle ne passe pas...
10 minutes plus tard, mon téléphone sonne. C'est un voisin qui me dit que Victoria est devant l'immeuble et qu'elle est très inquiète car personne ne lui ouvre. Elle lui a demandé de m'appeler. Zut ! La pauvre, elle ne va rien y comprendre ! "Dis lui que je suis là dans 5 minutes et qu'elle peut m'attendre devant la maison. Euh, merci !"
Au pas de course, je tire les garçons vers la maison, soulagée de savoir où est Victoria. Elle devait sûrement être sur le chemin du retour quand j'ai emprunté le raccouci pour aller plus vite.
Elle nous attend finalement très mécontente, m'accusant de ne pas lui faire confiance et de l'avoir suivie. J'ai beau lui avoir expliqué que j'ai eu peur et que j'ai voulu aller à sa rencontre, elle m'en veut beaucoup. Elle espère recommencer bientôt (et cette fois-ci, tu ne me suivras pas, hein maman ?). Moi, je ne suis pas aussi pressée de retenter l'expérience. Mais peut-être que la première fois est la plus difficile ?